Cela devait être un rêve; c'est un cauchemar. "Mycenaean", la création de Carl Hancock Rux présentée à la Brooklyn Academy of Music, est un long naufrage. On s'y noie, entre les discours pédagogiques sur la théorie du rêve, les références à la mort d'Hippolyte ("Ray-cine", le DJ qui revient de Paris incarné sur scène par l'auteur lui-même, évoque l'écrivain dont la dernière scène de Phèdre a inspiré Carl Hancock Rux) et enfin l'évocation poétique d'une cité imaginaire américaine, baptisée Fulcrum, dont les habitants sont hantés par les mythes grecs.
La pièce, explique son auteur, contient tout ce qui n'a pas trouvé place dans "Asphalt". Il n'a pas inclus cet "essai poétique" dans le livre, dit-il, "parce que personne n'aurait compris ce dont je parle". Bien vu: même en mise en scène multi-média, riche en musiques, danses et vidéos, "Mycenean" est incompréhensible.
"Qu'est-ce qui vient de se passer?" s'interroge un des personnages à la fin de la pièce. Rêve, réalité, passé, futur? Beaucoup de spectateurs n'ont pas eu la patience d'attendre cette question, et encore moins son éventuelle réponse: ils ont quitté la salle en cours de représentation.
"Il y a absolument une logique", affirme péremptoirement l'auteur, sans vouloir l'expliquer. Peut-être a-t-elle été mise à mal par la réduction de moitié de la durée du spectacle, présenté dans une version de trois heures à CalArts - mais, à Brooklyn, l'heure et demi paraît un interminable catalogue de thèmes dans l'air du temps, en dépit de moments fugitifs où l'on prend la mesure de l'occasion ratée, embourbée dans un magma de concepts accumulés au bazar de l'antique.

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